Toujours à propos de l'édition 2005, des conférences sur ce thème ont été mises sur pied.
C'était bien intéressant ces petites conférences...même si personnellement, quand j'y ai assisté l'an dernier, je connaissais déjà presque tout ce qui se disait...
Source :
http://amis.univ-reunion.fr/Conference/presentation/221/
Valeurs confucéennes et valeurs asiatiques dans l'émergence de l'Asie de l'Est
Survivance ou non de ces valeurs à l'époque moderne
par
Wei Aoyu (professeur à Paris 4 et à l'INALCO)
Pourquoi vais-je parler du Japon et de l’expérience des 4 petits dragons (Corée du Sud, Taïwan, Singapour, Hong Kong) ? Le Japon est le meilleur élève de la culture chinoise. Aujourd’hui la langue japonaise comporte énormément de caractères chinois. Les « canards » de la langue japonaise restent encore des phonèmes de la langue chinoise. Le Japon est l’ancien élève de la culture chinoise, et aujourd’hui il est devenu le professeur de son ancien maître, le maître de son ancien maître. Pourquoi ?
Les quatre autres pays : Corée du Sud, Taiwan, Singapour , le Vietnam comme la Chine gardaient la grandeur du patrimoine. C’est après l’an 2000 que la Corée du Sud a commencé à renoncer progressivement à utiliser l’écriture en chinois, parce que l’émergence de cette nouvelle puissance commençait à prendre conscience de la nécessité de la reconstitution de son identité culturelle. Il faut faire attention à ce changement, très symbolique. Auparavant, la capitale de la Corée du Sud s’écrivait en deux caractères chinois. Maintenant, on écrit en caractères phonétiques, on abandonne les deux signes, et on écrit Séoul ; on abandonne l’ancienne trace de la colonisation. Selon certains, c’est une régression.
A partir des années 60, le Japon a pris conscience de la nécessité de reconstituer son identité culturelle, mais c’est dans un autre sens. En 1850, le Japon a commencé à faire un projet de réforme mitigé, c’est-à-dire plutôt un copié/collé du système occidental qui lui a permis de rivaliser avec les puissances européennes ; mais à partir de 1960, avec les Jeux Olympiques de Tokyo, les Japonais ont commencé à se poser des questions face aux pays occidentaux ; le Japon est considéré comme un pays asiatique, mais face aux pays asiatiques, le Japon se croyait un pays occidental. Or cette double identité a changé la sensibilité des Japonais qui ont décidé de reconstituer leur identité ; mais cette fois c’est vers une identité non plus chinoise, ni japonaise, mais asiatique. C’est pour cette raison que je vais aborder les valeurs asiatiques.
Les Japonais ne disent plus que leur langue est un copié de la langue chinoise ; mais ils parlent de leur langue comme d’une langue asiatique, et à cela je pourrais ajouter une référence historique. Vous savez que le Japon a pensé la 2ème guerre mondiale en termes de guerre contre la Chine, contre les USA ; il a occupé les Philippines, la Malaisie, Singapour, le Vietnam et au nom de quoi ? C’est au nom de l’émancipation de l’Asie, de la colonisation anglo-britannique. C’est une stratégie qui date de longtemps déjà : se situer comme un pays asiatique mais qui a pour vocation de devenir une puissance occidentale, une puissance qui puisse rivaliser avec l’Occident ; c’est cela l’ambition, la stratégie du Japon. Et avec les Jeux Olympiques, avec cette question d’identité, les Japonais se situent dans le cadre des valeurs asiatiques, de l’identité asiatique.
Et maintenant, je parle d’un autre petit dragon : c’est Taiwan. Vous savez que Taiwan a été sous l’occupation japonaise pendant 50 ans ; et en 1949, la République de Chine (fondée par Sun Yat Sen en 1911) a quitté le continent ; à l’issue de la guerre civile, sur le continent, c’est le parti communiste qui a pris le pouvoir ; le gouvernement nationaliste du Kuo Min Tang s’est réfugié sur l’île de Taiwan. Une fois là, M. Tchang Kai Chek a tiré une belle leçon de la retraite et de l’échec de la guerre civile, et il a constaté que s’il avait perdu le continent, c’est parce qu’il avait négligé deux choses :
1. La démocratie : quand il a succédé à Sun Yat Sen, c’était la Chine déchirée par la Guerre des Seigneurs
2. Le Japon : à peine achevée la guerre civile, il a dû faire face aux attaques japonaises. Ce sont les armées impériales japonaises qui ont réduit le corps d’armée de la République de Chine , et qui ont permis aux communistes chinois de profiter de la faiblesse de l’armée républicaine pour prendre le pouvoir.
Donc la première erreur, c’est de ne pas avoir établi la démocratie, mais la deuxième erreur, c’est de ne pas avoir réparti la terre. Le Parti Communiste Chinois a promis, lui, de donner une parcelle de terre, et cette promesse lui a assuré la popularité des paysans chinois ; et ces paysans ont aidé le parti communiste à prendre le pouvoir. Vous savez qu’à partir de 1949, le PCC a récupéré la terre pour la répartir (en termes financiers, ça s’appelle une entrée et sortie).
A Taiwan, à partir de 1975, l’année où Tchang Kai Chek est décédé, son fils Chiang Ching Kuo lui a succédé ; et Chiang Ching Kuo a continué la mission de son père. La 3ème mission était de réaliser l’instruction gratuite obligatoire. Son père avait compris que s’il avait pu mettre en place un système d’éducation obligatoire, cela aurait pu l’aider à éviter la démagogie de l’idéologie communiste, et à faire comprendre aux masses chinoises que le système de la République constitutionnelle était tout de même meilleur que le régime communiste. Après son retrait à Taiwan, il a commencé à mettre en place le système d’éducation nationale obligatoire et gratuite, et il a réparti la terre aux paysans. Ce qui est formidable, c’est que pendant cette réforme il n’a tué personne, et ce grand succès tient au fait que c’est l’Etat qui a acheté la terre aux différents propriétaires fonciers ; il donnait un certificat d’achat, et avec ces bons d’achat, les propriétaires fonciers étaient invités à les échanger contre des actions industrielles. Les anciens propriétaires fonciers ont donc été encouragés à investir dans l’industrie, et les entreprises publiques . Cela a préparé le futur essor. A partir de 1975, Chiang Ching Kuo a fait la réforme politique, qui allait de pair avec l’indutrialisation.
Du temps même de Tchang Kai Chek, il y avait une tendance séparatiste, avec un mouvement indépendantiste . Cette tendance à l’indépendance s’associait à une revendication de démocratisation. Tchang Kai Chek interdisant le mot « indépendance » a étouffé la démocratisation. Chiang Ching Kuo a levé l’interdiction de la liberté de presse, d’association, et cela a accéléré le mouvement politique, et culturel. Répartition des terres, liberté de la presse, enseignement obligatoire ont permis à Taiwan de prendre son essor.
Singapour, lui, est un pays industriel très développé, mais c’est un pays de jardin. Pourquoi dans les années 80 Singapour est-il devenu un modèle pour la Chine ? M. Lee Kuan Yew, ex-président de Singapour, est issu d’une famille de mandarins . Son père était un ouvrier mandarin de Chine, et il a reçu une formation à l’Université d’Oxford où il a fait son doctorat. Il connaît parfaitement le système administratif, juridique, économique, social, culturel de l’Angleterre ; et il a dirigé le mouvement indépendantiste face aux Anglais. Il a fondé la République de Singapour et il a commencé à mettre en place une série de politiques qui associent à la fois les valeurs confucéennes et les valeurs universelles de l’Occident. Il a fait d’un pays très riche un creuset psychologique ; mais il a bien compris que dans le système industriel occidental (car il a étudié le système depuis la Révolution industrielle jusqu’à aujourd’hui) les pays occidentaux, en même temps qu’ils tentent de créer une prospérité, une puissance économique incontestable, ce modèle de développement laisse aussi derrière lui beaucoup de questions.
1er constat : la révolution technologique a accordé une place dominante à la nouvelle technologie de sorte que la technologie est devenue aujourd’hui prioritaire en oubliant que dans une société moderne, ce ne sont pas les systèmes technocratiques qui doivent être au centre de la société. Il faut que l’homme ne soit pas réduit à un instrument.
2ème constat : en Occident vers 1979 la croissance économique s’est développée souvent aux dépens de l’écologie (c’est à cette époque qu’émerge le parti des Verts).
3ème constat : le développement des pays industriels a attribué une place prépondérante à l’efficacité, à la performance. Dans cette domination, l’homme commence à s’égarer, à ne plus trouver sa place dans la société moderne.
4ème constat : les pays industrialisés ont créé une abondance, ont constitué un bonheur matériel, mais en même temps l’homme est devenu de plus en plus dépendant des machines, de l’électroménager et de l’argent. Il est devenu esclave de l’argent.
5ème constat : l’homme cherche de plus en plus le confort au nom de la qualité de la vie ; mais en même temps on s’éloigne de plus en plus du véritable sens des valeurs du travail, de la culture.
A partir de ces constats, M. Lee Kuan Yew a avancé des valeurs asiatiques, et proposé un autre modèle de développement et notamment à la Chine ; car en même temps, M Lee Kuan Yew était un conseiller de Pékin. Chaque année il se rend en Chine, et grâce à lui la Chine commence à s’ouvrir aux petits dragons et la détente a pu s’instaurer des deux côtés du détroit de Taiwan.
Quelles sont les valeurs confucéennes ? Je les résume en 5 piliers :
- L’amour, la solidarité et la fraternité : c’est une traduction car en caractères chinois, il est question d’amour entre deux personnes. L’homme n’est pas solitaire, mais solidaire. La nature humaine fait que l’homme vit ses relations avec son prochain, la collectivité, la société, le monde. Il n’y a pas de valeur individualiste, mais une valeur solidaire, d’amour réciproque et d’entr’aide mutuelle.
- La justice sociale : c’est très moral. C’est un objectif poursuivi par les adeptes de Confucius ; et aussi en termes de droit, cela proscrit tout machiavélisme où les fins justifient les moyens. Pour que la fin soit juste, il faut que les moyens soient justes aussi. Voilà la notion de justice chez Confucius.
- Le rituel : l’éducation. Ce n’est pas un mot vide de sens, c’est hautement éducatif. A travers la répétition des rituels, comme le Guan Di, se transmettent les valeurs de l’éducation. Le sens moral éthique se transmet de génération en génération. Si on ne maintient pas cette fréquence répétitive, on risque de perdre la dimension éducative. La première dimension est morale et éthique ; la seconde est celle du savoir, de la science ; et la science, le savoir sont amis de la sagesse, loin de l’esclavage de la technocratie. La fin de l’éducation n’a que pour but de former un technocrate, mais un philosophe empreint de sagesse ; chez les Occidentaux, c’est la sagesse même prônée par Socrate.
- L’honnêteté, la loyauté, la crédibilité, la fidélité.
Telles sont les valeurs asiatiques !
Et Hong Kong : avec la colonisation, Hong Kong a été cédé à la couronne britannique après la guerre de l’opium. Et c’est en 1997 que Hong Kong a été rétrocédé, mais dans toutes ces années, les valeurs confucéennes ont permis aux 5 pays de prendre leur essor.
Convergence des valeurs tantriques, confucéennes et bouddhiques. Nouvelle école réformiste. Valeurs partagées par toutes les populations asiatiques.
Plus concrètement les valeurs asiatiques se sont inspirées du modèle occidental tout en restant dans la continuité de la tradition des valeurs asiatiques. J’aimerais les présenter en termes de respect de la nature, parce que dans la pensée confucéenne, le secret, la vie de l’être n’appartient pas à l’homme. Le sujet appartient à la nature ; l’homme doit garder l’humilité face à la nature, il n’est pas question de dominer la nature, de l’exploiter. L’homme en tant qu’élément de la nature devrait toujours rester humble. L’harmonie entre l’homme et la nature, c’est une harmonie prioritaire.
- Le respect de la vie : leçon tirée par les peuples asiatiques. Certes dans les pays occidentaux on a créé de la richesse mais cela n’a pas empêché de créer des écarts importants entre riches et pauvres surtout aux Etats-Unis. Pour Confucius, la vraie prospérité dans une République, c’est le partage de la richesse.
- Le respect de la famille : au Japon, Corée, Taiwan, Singapour, les entreprises les plus puissantes sont toutes des entreprises familiales, qui travaillent dans la tradition confucéenne ; la famille est la cellule de la société, un micro Etat. Donc selon Confucius, un homme de bien est un homme social ; il doit se former dans l’exercice du management dans sa propre famille. S’il peut réussir à gérer sa famille, il peut réussir à gérer la société, et l’Etat. Le premier exercice de réalisation se fait au sein de la famille. La famille, ce n’est pas seulement une unité, c’est un laboratoire où l’homme exerce toutes ses compétences morales et éthiques. C’est avec le respect de la famille qu’on gère les entreprises. Les entreprises familiales sont souvent de grandes familles, et l’entreprise fonctionne comme une famille, c’est-à-dire qu’il y a un chef d’entreprise qui joue le rôle du chef paternel. Le chef assure la survie, l’éducation, l’épanouissement, la promotion, le bonheur des membres de la famille. Entre les membres de la famille, il y a la solidarité, l’entraide, le partage sans conflits. S’il y a des conflits, on peut les résoudre à l’amiable au lieu d’aller aux procès. Il ne s’agit pas de déchirer le tissu familial, car tous les membres doivent contribuer à consolider le tissu familial, le bonheur et la réussite familiale.
- Le respect de la culture du travail : pour Confucius, et les autres penseurs chinois, le travail n’est pas un moyen pour survivre ; le travail est un moyen d’épanouissement. C’est dans le travail que l’homme trouve ses propres valeurs ; c’est là qu’il trouve le sens de la vie, qu’il réalise ses projets, ses idéaux. Confucius condamne toujours tous ceux qui ne travaillent pas, et ceux qui vivent comme des parasites, et profitent du travail des autres. Le travail permet aux gens de maintenir leur dignité, leur bonheur. Il y a différentes notions du travail : ceux qui en profitent pour partir en vacances, ou ceux qui partent en vacances pour mieux travailler après.
- Le respect de la discipline : dans les valeurs confucéennes, aucune place n’est réservée au système de droit. Entre le système de droit, le meilleur système c’est l’éducation, parce qu’elle permet de définir son projet personnel, ses idéaux à réaliser, et le moyen concret de les réaliser. Or le système de loi est créé pour châtier, et quand on est puni, cela constitue une approche négative de l’homme qui n’encourage pas l’individu, mais le décourage. Et cela entraîne des conséquences de plus en plus mauvaises. L’éducation entraîne l’homme dans le chemin du perfectionnement de l’homme de bien.
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本帖最后由 écoeurée 于 23-7-2006 02:11 编辑 ]