La QQ fait sensation depuis son apparition il y a un peu plus d'un an, et son succès prend des allures de légende, l'équivalent d'une Coccinelle Volkswagen ou d'une Fiat 500, incarnant un moment historique ou une génération. Cette voiture de ville de 3,5 m de long, à l'air coquin et jeune, est devenue la coqueluche des femmes de moins de 35 ans, selon une étude, et a bousculé un marché en forte croissance, dominé jusque-là par les grands constructeurs étrangers. Son fabricant, Chery, est une modeste société appartenant à la province de l'Anhui, à l'ouest de Shanghai, qui n'a reçu son agrément pour produire des voitures qu'en 2002... Les analystes attribuent le succès de la QQ à trois facteurs : son prix attrayant alors que les voitures sont généralement plus chères en Chine qu'en Europe, son look séduisant et sa nationalité 100 % chinoise, qui flatte l'ego national quand les nouveaux riches poussent le snobisme à rouler en BMW ou Mercedes. La QQ vise désormais l'étranger : un accord de production a été conclu en Iran, d'autres sont en discussion au Pakistan, au Bangladesh, au Vietnam, là où les gros ne vont guère...
Le succès de la QQ serait total s'il n'y avait une part d'ombre : General Motors menace de poursuivre la société pour piratage du design et de la conception de son modèle Spark, développé pour le marché chinois par Daewoo, sa filiale sud-coréenne. Les deux véhicules ont assurément un air de famille... Mais le chinois parvient à être 30 % moins cher et a gagné la partie. La colère de GM est d'autant plus grande que son partenaire chinois dans son usine de Shanghai, la société SAIC, détient 20 % du capital de Chery, le concepteur de la QQ...
Pour l'heure, Chery est tout à son succès, visible dans les rues des grandes villes, et s'apprête à lancer de nouveaux modèles. La voiture à 5 000 euros a marché en Chine pour un public urbain, désireux d'un petit véhicule «branché», beaucoup plus que chez les consommateurs au faible pouvoir d'achat. Le boom du marché chinois de l'automobile, qui a dépassé la France l'an dernier pour la quatrième place mondiale, et s'apprête à doubler l'Allemagne pour la troisième, s'est surtout fait par le haut. Les Chinois aisés ne veulent pas du bas de gamme, ils sont prêts à dépenser beaucoup d'argent à condition que ça se voie. La QQ est l'une des rares exceptions : chic et pas chère. Il n'est pas certain que le pari de Renault, pas cher mais pas très chic, corresponde à l'attente des consommateurs chinois.