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est ce vrai ?

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La Chine cherche ses filles

Dans 15 ans, si rien ne change, 30 millions de chinois seront incapables de trouver une épouse. Douze millions de filles manquent déjà chez les moins de neuf ans. Pékin commence à réagir.


L'heure du dîner tire à sa fin, dans un café de Shenzhen, grande ville manufacturière du sud de la Chine. M. Zhao, un homme d'affaires de 52 ans, allume une cigarette, en tire une longue bouffée et lâche: «Ma nièce vient d'accoucher d'une deuxième fille. Vous ne connaîtriez pas quelqu'un qui voudrait l'adopter?»

M. Zhao est originaire du Fujian, province du Sud-Est. Là comme ailleurs en dehors des grandes villes, «riche ou non, vous vous faites regarder de haut si vous ne pouvez donner naissance à un garçon», m'avait dit Hua, l'interprète qui m'accompagne. Si elle se débarrasse de cette deuxième fille, la nièce de M. Zhao pourra encore «essayer d'avoir un fils».

En accouchant de son second enfant, cette femme a atteint le maximum permis à la campagne, selon la politique de régulation des naissances instaurée par le gouvernement chinois en 1979. Une politique de l'enfant unique dont le nom n'est plus vraiment exact. La plupart des Chinois des campagnes sont autorisés, depuis le milieu des années 1980, à avoir un deuxième enfant si le premier est une fille. Les gens issus des minorités ethniques peuvent avoir deux ou trois enfants. Les citadins, eux, doivent se contenter d'un seul. Et encore: les couples de la ville formés de deux enfants uniques peuvent depuis peu en avoir deux.

Cette politique, censée contrer l'explosion démographique, a atteint son objectif. Mais elle est en voie de créer une situation tout aussi explosive, comme l'a brutalement compris le gouvernement chinois lors du dernier grand recensement, en 2000.

La Chine compte aujourd'hui 12,8 millions de garçons de plus que de filles chez les moins de neuf ans. Dans 15 ans, de 30 à 40 millions de jeunes hommes seront incapables de trouver une épouse. Un Canada complet de jeunes célibataires dans la vingtaine gonflés de testostérone! Cette perspective commence à effrayer, et pas seulement dans l'Empire du Milieu.

De tout temps, la Chine a manifesté une forte préférence pour les fils. Ce sont eux qui perpétuent la lignée familiale. Eux aussi qui, traditionnellement, portent respect aux ancêtres et s'occupent des parents âgés ã la majorité des aînés n'ayant pas de pension de vieillesse ni d'assurance maladie. Un vieil adage chinois dit même qu'une fille mariée, c'est comme de l'eau jetée...

Mais voilà que le nombre de garçons a littéralement explosé. Pour 100 naissances de filles en 2000, on compte 117 naissances de garçons, jusqu'à 135 dans le sud du pays! C'est considérablement plus que lors du recensement précédent (1990) et sans commune mesure avec la norme mondiale de 103 à 107 garçons pour 100 filles.

On a eu tôt fait de déterminer la cause: les échographies, introduites en 1985, six ans après la politique de régulation des naissances. Pour se laisser la chance d'avoir un fils, les couples interrompent les grossesses lorsqu'ils attendent une fille, explique Xie Zhenming, démographe et conseiller à la Commission nationale de la population et de la planification familiale, rencontré à son centre de recherche, dans l'ouest de Pékin. «L'examen est peu coûteux et facilement accessible. Les appareils d'échographie sont répandus partout, même dans les coins les plus reculés», dit-il.

Dans leur essai-choc Bare Branches: The Security Implications of Asia's Surplus Male Population (les branches nues: conséquences pour la sécurité du surplus d'hommes en Asie), publié par MIT Press, Andrea den Boer et Valerie Hudson laissent entendre que ce surnombre de mâles pourrait mener à la guerre. Dans l'histoire, expliquent ces deux chercheuses (l'une canadienne, l'autre américaine), les sociétés qui présentaient un surplus d'hommes ont toujours été plus violentes et plus belliqueuses. Et il n'y a pas de meilleure façon pour se débarrasser des mâles en trop que de les envoyer au front. L'idée n'est pas farfelue. Il y a un lien certain entre une surpopulation de jeunes hommes et la guerre, soutiennent aussi les psychologues Neil I. Wiener et Christian G. Mesquida, de l'Université York, à Toronto.

Ces célibataires par la force des choses que les Chinois appellent «branches nues» ã dans l'arbre familial, ils ne donneront pas de fruits ã minent déjà le pays de l'intérieur. «Ils sont pauvres et vivent entre eux dans les campagnes les plus reculées. Ce sont des fauteurs de troubles», dit le démographe Xie Zhenming. Pour trouver des femmes, ils vont voir ailleurs: des Nord-Coréennes et des Vietnamiennes sont enlevées et vendues comme épouses à des paysans chinois, rapportent plusieurs ONG. Selon les chiffres officiels, 17 963 femmes ont été enlevées et vendues en Chine en 2000. Sans parler du marché florissant de la prostitution. «La rareté des femmes ne leur donne malheureusement pas plus de valeur, comme on aurait pu le croire. Au contraire, elles deviennent une marchandise que l'on s'arrache», déplore Xie Zhenming.

L'avortement sélectif, illégal, vaut une amende de 3 000 à 5 000 yuans (de 448 à 746 dollars) aux couples qui y ont recours et le congédiement ou la perte de licence aux médecins qui le pratiquent. L'État parle actuellement de criminaliser cet acte. Mais ce n'est rien pour arrêter les couples. Ni les médecins qui font leur miel de l'avortement.

Mon interprète est entrée dans une clinique privée de Pékin et a prétendu que sa cousine, enceinte et déjà mère d'une fille, n'en voulait pas une autre. Cette cousine serait blâmée par ses beaux-parents si elle ne leur donnait pas de petit-fils, a raconté l'interprète. «Pas de problème», a répondu le jeune médecin, précisant que l'opération, illégale, se faisait dans un autre endroit. Moyennant 40 yuans (6 dollars) pour l'échographie et 450 yuans (67 dollars) pour l'avortement.

Les avortements sélectifs sont presque impossibles à contrôler, dit Xie Zhenming. Il y a trop d'hôpitaux privés et trop d'argent en jeu. «Pour ne pas se faire prendre, les médecins utilisent des codes. Au lieu de ³C'est une fille², ils disent ³Bu hao² [pas bon, pas en bonne santé] et procèdent à l'avortement.»

Impuissante à mettre fin au phénomène, la Chine a décidé de miser plutôt sur les changements de mentalités.

Sur la route qui zigzague entre les champs étagés et les collines vertes de l'Anhui, province de l'Est, derrière Shanghai, il est difficile de manquer les messages du Bureau de la planification familiale. «Faites moins d'enfants, mais donnez-leur une vie meilleure», peut-on lire en chinois sur un panneau. «Respectez la planification familiale», dit un autre. Et en caractères rouges énormes, sur le mur longeant la façade d'une école secondaire: «Les garçons et les filles sont égaux.»
我醉拍手狂歌,举杯邀月,对影成三客 ...
mon msn :  secar917@hotmail.com

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